Ce mois de mai est décidément parfait pour apprendre l’escalade. Notre fête du Travail s’est transformée en un stage prolongé, cette fois dans un lieu mythique : le Verdon, véritable berceau de l’escalade libre.
Tous les grimpeurs du monde ont un jour rêvé de se frotter aux gigantesques parois verticales qui bordent ces gorges. Chargé d’histoire, le Verdon a vu naître de nombreuses légendes de l’escalade :
- Les deux Patrick — Patrick Berhault, alpiniste novateur, et Patrick Edlinger, dit le Blond, qui ont révolutionné la pratique dans les années 1980.
- Lynn Hill, star des années 90, qui a réalisé Mingus à vue (300m, 8a max) dans le Verdon, puis quelques années plus tard, a libéré The Nose sur El Capitan, au Yosemite. Une première historique qui a prouvé au monde que les femmes pouvaient grimper aussi — voire plus — fort que les hommes.
Aujourd’hui, l’histoire continue de s’écrire avec Seb Bouin, l’un des meilleurs grimpeurs de notre époque. Il a remis le Verdon au goût du jour en réalisant l’une des voies les plus dures au monde : DNA (9c).
Jour 1 — Vallaute : découverte en douceur

C’est donc dans ce lieu emblématique que nous débutons notre stage. Pascal, motivé comme jamais, est de retour pour emmagasiner un maximum d’expérience avant ses aventures alpines de l’été. Il est rejoint par Fabrice, qui complète cette petite équipe. Stage en comité restreint ? Tant mieux : plus de temps pour apprendre, et surtout grimper.
Le site de Vallaute est parfait pour commencer. Niché dans un vallon paisible, face à la falaise de Hulk et ses impressionnantes colonnettes de 50 mètres, il propose des voies d’une à trois longueurs. Le cadre idéal pour s’initier en douceur aux rudiments de la grande voie.
Jour 2 — Escalès : les 3 V

Le lendemain, mes compagnons veulent se confronter au mythe de l’Escalès, avec ses « trois V » emblématiques : Vide, Vautours et Verdon.

Mais ces voies mythiques ont aussi leur revers : victimes de leur succès, elles sont polies par le passage, et une bonne dose d’organisation est nécessaire aux relais. On y croise des Italiens, des Canadiens, des Anglais, des Américains, des Bretons, et même des anciens du village… en tongs ! Bref, un joyeux bazar qui ralentit un peu la progression, mais qu’importe : l’ambiance est là. Le gaz omniprésent, les vautours de près de 3 mètres d’envergure qui te frôlent en vol… Un paradis pour grimpeurs.
Jour 3 — Main Morte
Direction Main Morte pour notre deuxième grande voie : L’usage du monde. Ambiance plus intimiste cette fois-ci, sur une paroi qui fait face à l’Imbut, un impressionnant bombé surplombant les gorges.

Pascal impressionne par sa progression éclair : il mène toute la voie en tête, les manipulations deviennent fluides, la grimpe posée. On termine tôt et on enchaîne avec quelques longueurs sur le site du Lycée, avant de rentrer à La Palud.

Soirée à Lou Cafetie : la grimpe au comptoir
Le soir, comme souvent, rendez-vous au Lou Cafetie, le bar du village où règne une joyeuse effervescence. On y croise des grimpeurs pro, des guides qui en ont marre du ski, des motards de passage, des randonneurs, des Allemands en claquettes-chaussettes, des stagiaires UCPA… Toute la planète grimpe autour d’un verre.
C’est d’ailleurs en discutant avec un collègue aspirant guide que je découvre une voie passée sous mon radar. La météo n’étant pas très engageante pour le lendemain, nous décidons d’aller voir une ligne protégée par les surplombs : Spaggiari, une voie atypique qui serpente sous d’immenses dévers.
Jour 4 — Spaggiari : spéléo et escalade

Spaggiari, du nom du célèbre voleur, propose une aventure unique : elle louvoie sous d’immenses toits, passe par un boyau de 15 mètres où la frontale est recommandée, puis zigzague sous de gigantesques surplombs avant de rejoindre une ligne de faiblesse plus modérée (6b). Incroyable.

Fabrice, le moins expérimenté du groupe, est complètement bluffé par cette journée entre spéléologie verticale et escalade physique. Nous sommes seuls au monde, hormis quelques vautours, eux aussi venus s’abriter de la pluie sur la vire voisine. Une accalmie nous permet de sortir au sec et de conclure ce stage en beauté.

Encore une fois, le Verdon a tenu ses promesses. Il reste un lieu à part, une destination incontournable pour les passionnés d’escalade.
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