2022, c’est la dernière course en montagne de Luc. Pas parce qu’il manque de motivation — bien au contraire — mais parce qu’il est désormais papa de trois enfants. Entre les couches, les biberons et le travail, il trouve tout de même le temps de rêver d’altitude. Et ce rêve, c’était la traversée de la Meije, avec en prime un bivouac là-haut.
Alors on part avec les sacs bien remplis, cap sur les Enfetchores, passage obligé pour rejoindre le refuge du Promontoire, point de départ de cet itinéraire mythique. L’ambiance est détendue. L’approche se déroule sans encombre. On arrive tranquillement au refuge, on salue la gardienne et on boit un bon coca (je n’en boit jamais mais en montagne il n’y a que ça de vrai!). Les autres alpinistes filent à la sieste pendant que, nous, on continue vers les hauteurs.

On est seuls sur l’itinéraire, baignés de soleil. Le pas du Crapaud, le Campement des Demoiselles, le couloir Duhamel… Tout s’enchaîne. Luc, bien entraîné, est à l’aise dans les longueurs. Je lui propose alors la variante de 2018 au-dessus de la dalle Castelnau (ouvreurs de la voie, Castelnau et ses guides Gaspard, père et fils). La variante est grimpante, 6a/A0 mais tout roule.

Un peu plus loin, on croise l’arête de « L’Horreur du Bide », une ligne aérienne au rocher parfait. On ne résiste pas à l’envie de grimper un bout dessus, surtout moi. C’est tout simplement majeur : du caillou exceptionnel, une ambiance gazeuse, le genre de grimpe qui te fait aimer la montagne encore plus fort.

On rejoint ensuite l’itinéraire classique : le Pas du Chat, puis le glacier Carré. L’altitude commence à se faire sentir, les heures d’effort aussi.

À la brèche du glacier Carré, je propose une pause pour faire chauffer de l’eau. Luc accepte avec un sourire : la journée s’arrête là pour nous. On trouve une petite terrasse quelques mètres au-dessus : parfait pour un bivouac.


Le vent souffle, les nuages dansent, mais ils nous offrent un bref coucher de soleil avant de glisser dans nos duvets. La nuit est froide, les sacs de couchage givrés au petit matin. On traîne un peu au chaud, et quand les cordées parties du refuge nous rejoignent, on se remet en marche.

Le sommet est noyé dans les nuages, l’ambiance est ouatée. Quelques éclaircies nous rappellent où on est : c’est trop classe . Les câbles qui contournent la dent Zsigmondy réveillent nos bras.

Ensuite, le terrain devient plus facile, et le soleil, enfin, sort pour dévoiler la beauté du paysage.

On descend du Doigt de Dieu par quelques rappels sur le glacier de l’Homme, direction le refuge de l’Aigle.

Un bon plat de pâtes, une pause bien méritée, puis on attaque les trois heures de descente vers la vallée.

On était bien la haut

Bravo Luc pour cette belle reprise et merci de ta confiance.